SCHMÜRZ
d‘après Jean Luc Lagarce et Boris Vian, création 2019/2020
SCHMÜRZ
d‘après "Erreur de construction ou de l’importance du jardin, des fleurs, du soleil, de l'été et de l'amour pour l'humanité et les gens" de Jean-Luc Lagarce suivi de "Les bâtisseurs d'empire ou le Schmürz" de Boris Vian
26.10.2019 - 02.11.2019 | Grange de Dorigny - Lausanne (CH)
07.11.2019 - 15.11.2019 | Comédie de Genève (CH)
07.02.2020 - 08.02.2020 | Théâtre Benno-Besson - Yverdon (CH)
14.02.2020 | TPR - La Chaux-de-Fonds (CH)
Mise en scène Gian Manuel Rau
Avec Caroline Cons · José Lillo · Marie Ruchat · Isabelle Vesseron · Djamel Bel-Ghazi
Avec Erreur de construction et Les bâtisseurs d’empire, ce n’est pas à une leçon d’architecture métaphysique que Gian Manuel Rau nous convie. Voici plutôt une variation sur la déconstruction par le langage ou la déconstruction par le non-sens. Dans le salon de Madame Louise Scheurer ou dans l’appartement de la famille, nous voilà bien à l’abri du danger qui rôde dehors, tantôt « révolutions et émeutes », tantôt « bruit ». Dans ces deux huis-clos, on parle, on raconte, on craint, on s’accroche à une réalité mais avant tout on côtoie de l’absurde, on côtoie un espace-temps totalement élastique, totalement troublé. A tout moment, on retrouve un SCHMÜRZ devant ses pieds comme un vieux chien fidèle. Et l'inéluctable qui reviendra bientôt frapper à notre propre porte...
Assistante à la mise en scène Coralie Vollichard Scénographie Anne Hölck Lumière Gian Manuel Rau, Markus Brunn, Guillaume Rossier Création et régie son Gian Manuel Rau, Graham Broomfield Régie générale Gabriel Sklenar Costumes Gwendolyn Jenkins Habillage Sandra Pfirter Maquillage Emmanuelle Olivet Pellegrin Administration et diffusion Aurélie de Morsier Production Association Le Roseau/Cie Camastral Coproduction Comédie de Genève, La Grange de Dorigny-UNIL
Soutiens Pro Helvetia, Loterie Romande, Fondation Leenaards, Fondation Ernst Göhner, Ville de Lausanne, FAIP, FEEIG, SIS, Fondation Sandoz
Photos ©Mario del Curto
ERREUR DE CONSTRUCTION: de l'importance du jardin, des fleurs, du soleil, de l'été et de l'amour pour l'humanité et les gens
Datant de 1977, Erreur de construction est la première pièce de Jean-Luc Lagarce; un hommage ouvert à Eugène Ionesco et au théâtre dit de l’absurde. Plus spécifiquement empreint de La cantatrice chauve – que l’auteur, par ailleurs, met en scène en 1991 – Lagarce imite Ionesco et ne s'en cache pas: Il y a longtemps qu'il n'est plus 9 heures et, de toute façon, nous ne nous appelons pas Monsieur et Madame Smith, n'est il point vrai? Une référence explicite aux premières répliques - les plus célèbres - de La cantatrice chauve.
Erreur de construction aurait tout d’un boulevard avec ses intérieurs qu’on imagine bourgeois, ses sonnettes, ses entrées et sorties de personnages et ses dialogues effrénés qui impliquent des retournements de situation. Les sonneries semblent mener une vie propre, qui perturbe le cours de l'action et déstabilise la logique. Néanmoins ce sont les personnages qui déconstruisent peu à peu leur système jusqu’au grotesque qu’ils détruisent aussi. Ici, l'affolement du temps n'est plus celui d'une horloge capricieuse (qui sonne quand elle veut et donne autant de coups qu'elle le souhaite, comme chez Ionesco), mais celui du « réel », du monde au-dehors de la maison. Tout va très vite: Le cours exponentiel des prix, mais aussi les renversements d'alliance, les retournements de situation. Dans un va-et-vient constant entre imagination et souvenir, faits présents et passés, avérés ou supposés, la parole ne construit rien d'autre que cet espace de probabilités et cette réalité instable-là.
Au moyen d’une écriture drôle et loufoque, radicale et pleine d'enjouement poussée à l’extrême, par un jeu d'hybridation intertextuelle, par l'accumulation d'informations contradictoires, par une mise à mal de toute certitude et de tout fondements logiques, Lagarce propose une farce qui relève d'abord du théâtre de la parole et met en scène la théâtralité inhérente au langage. Ici, l'exigence de formulation devient le principe d'une dramaturgie où rien n'arrive hors du langage.
LES BÂTISSEURS D’EMPIRE ou le Schmürz
Ecrite en 1957 et publiée en 1959 par le Collège de 'Pataphysique, Les bâtisseurs d'empire est la dernière et la plus politique des pièces du théâtre de Boris Vian. Elle porte un regard implacable et critique sur l'impérialisme, le colonialisme, le capitalisme, l'expansionnisme, le racisme, le ‘xénophobisme’ qui tenaient de l’actualité à l'époque et en tiennent encore avec la même intensité aujourd'hui. Cette pièce est une tragédie burlesque édifiante de la fracture sociale, un miroir de la malhonnêteté d'une société sans merci qui élimine ses exclus en les poussant graduellement au précipice par d'habiles manipulations subliminales. A la bourse des ressources humaines, les existences en perte de rendement sont déclassées. Les réformés, les obsolètes, les largués sont exclus comme on se débarrasse des pièces jetables après usage. Le machiavélisme du système au pouvoir est démontré ici par l'innovation de ce ‘Bruit’, véritable signal sonore de Pavlov auquel plus personne n'oppose résistance. Il suffit alors de ce signal sonore et, tels des chiens pavloviens, ils savent qu'ils doivent fuir par le haut, au plus vite. D'autres sont déjà à la porte pour prendre leur place.
Avec Les bâtisseurs d’empire, Boris Vian nous invite dans l’intimité d’une famille qui ne présente, a priori, aucune particularité. Mais la rumeur, qui gronde à l’extérieur, les pousse à quitter successivement leur appartement pour l’étage du dessus, abandonnant corps et biens. L’espace vital se rétrécit de plus en plus, les personnages disparaissent au fur et à mesure, car l’ascension ici n’est pas sociale. C’est l’ascension de la fuite, vers des cimes étriquées, jusqu’à une mansarde, où ne demeurera plus que le Schmürz, ce personnage muet présent tout au long de la pièce, bouc émissaire qui sera seul survivant.